Quelle est cette capacité innée, puissante, créatrice de paix, dont nous pouvons tous nous servir ?

Mis en avant

Au bord de la rivière se trouve un monastère entouré d’une végétation florissante, une véritable oasis au milieu des terres arides de cette région d’Espagne.

6.Rocaille le long du mur fortifié2

C’est là que la petite rivière devient un cours d’eau torrentueux et se divise en de multiples cascades.

Le voyageur traverse la contrée, écoutant la musique de l’eau.

Soudain, au pied d’une cascade, une grotte attire son attention.

Il observe soigneusement la pierre polie par le temps et les belles formes que la nature a patiemment créées.

Puis il découvre, inscrits sur une plaque, les vers suivants :

« Ce n’est pas le marteau qui a rendu ces pierres si parfaites, mais l’eau, avec sa douceur, sa danse et sa chanson. Là où la dureté ne fait que détruire, La douceur parvient à sculpter. »

Si vous souhaitez prolonger la réflexion

Anne Dufourmantelle nous éclaire, dans une interview de Viviane Chocas, dans Le Figaro Madame : « Puissance de la douceur » chez Payot, écrit par cette philosophe et psychanalyste, est une incitation à la sérénité.

L’époque proclame volontiers « Sois doux avec toi-même ! » plutôt que « Sois doux avec les autres ! ». Pourquoi ?

Anne Dufourmantelle  Parce que notre époque redécouvre la douceur… pile à l’endroit où elle peut la pervertir. Nous vivons dans une grande arène où il faut d’abord être performant, faire face à des « Tu dois ! » de tout ordre, qui créent des corps retranchés. Des corps qui manquent d’espace et qui ne se touchent presque plus. Le «Sois doux avec toi-même» a ceci de pervers qu’il méconnaît le fait qu’on n’y est pas prêt du tout ! Pour approcher la douceur, il faut d’abord prendre conscience de la sauvagerie en place. Et faire un travail de guerrier pour dénicher ce qui fait rage, en nous comme hors de nous. Cela demande du discernement, un rapport à la vérité, à l’absolu, de l’intransigeance. C’est très exigeant.

Comment s’en rapproche-t-on ?
Être doux, c’est arriver à être compréhensif envers soi. Admettre sa vulnérabilité. S’accompagner dans ce qu’on veut être. C’est un choix : on fait acte de douceur. Le mot comprend une part de spirituel et de charnel. C’est pourquoi il est tellement passionnant.

La douceur, selon vous, n’offre aucune prise au pouvoir. Est-ce rassurant ?
Longtemps, on a associé la douceur à des valeurs dites féminines : l’écoute, la compréhension, la compassion, etc., parce qu’on l’avait reliée à la maternité. Puis on l’a mise du côté de la mollesse, de la compromission. À tort. Elle peut être un compromis, oui, car elle est évidemment du côté du participatif, de l’altérité. La douceur n’a de sens que si elle s’éprouve, se donne, se distille. Mutualisée, elle offre une force prodigieuse. Elle recèle un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses. Mais elle provoque aussi de la violence, car effectivement elle n’offre aucune prise possible au pouvoir.

Elle est en quelque sorte l’extrême pointe sublimée de la violence. Elle peut aller de pair avec un refus, et une grande fidélité à soi. Une confiance qui devient bel et bien une puissance inaliénable. La douceur est chrysalide, en ce sens qu’elle accouche d’un nouvel élan vital. C’est un aboutissement, pas un sacrifice. On peut dire qu’elle est politique.

Est-elle forcément éphémère, ou se peut-il que la douceur… dure ?
Peut-on s’établir dans la douceur ? Gandhi l’a fait, au prix de quels efforts… La douceur est un état d’être qui relève de l’expérience. Cela peut être une proposition éducative. Il faut être attentif, car aujourd’hui on déguise le manque criant de douceur par un vocabulaire doucereux. Ce qui nous manque en réalité est un espace de tendresse non productif. Je crois que la douceur porte la vie, la sauve et l’accroît.